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Un siècle de représentation francophone dans les Prairies

Un siècle de représentation francophone dans les Prairies

Cette année, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) souffle ses 100 bougies. De l’autre côté de la frontière, son équivalent, l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), fêtait son centenaire en 2012. Retour sur les origines de la survivance du français dans l’Ouest.

Cent ans après leur fondation, l’ACFA et l’ACF ne mènent plus exactement les mêmes batailles, fortes des acquis successifs obtenus au cours des décennies, mais l’enjeu de la survivance demeure.

« L’éducation a toujours été au cœur des enjeux, mais on parle aussi aujourd’hui de santé, de services sociaux, de développement des compétences et d’intégration des nouveaux arrivants », explique Nathalie Lachance, présidente de l’ACFA.

La démographie francophone a d’ailleurs profondément changé : selon cette dernière, 32 % de la population francophone de l’Alberta est aujourd’hui née à l’extérieur du pays.

Surtout, si les organismes porte-parole ont été fondés dans l’opposition face aux anglo-saxons protestants, les relations avec les pouvoirs en place se sont pacifiées.

« Je qualifierais ça d’une bienveillance passive », dit Denis Perreaux, évoquant les gains réels mais « modestes ».

« On a réussi à accomplir de très bonnes choses, comme une politique en matière de francophonie depuis 2017, se réjouit Nathalie Lachance. On a une belle écoute auprès du gouvernement provincial, qui a déclaré 2026 comme l’Année de la francophonie. »

Malgré tout, elle note aussi « une certaine tension » dans les rapports : « Notre première ministre [Danielle Smith] a publiquement demandé que le gouvernement fédéral retire son obligation d’avoir des juges bilingues à la Cour suprême. Ça nous préoccupe énormément. »

Un député de Red Deer a même publié récemment un appel dans un journal local intitulé : Alberta doesn’t need French, ce qui fait dire à la présidente que « la bataille est loin d’être finie ».

En Saskatchewan, Laurier Gareau estime que le combat doit demeurer politique et culturel, ce qui fait défaut à l’heure actuelle selon lui.

« On n’est pas en train de créer une nouvelle génération de jeunes comme dans les années 1970 qui ont été le moteur du développement de la communauté en se servant de la culture comme modèle », déplore-t-il.

Et de ponctuer : « Si on n’est pas prêts à se battre, on ne survivra pas longtemps. »

Une collaboration moins prononcée

Par ailleurs, la coopération entre francophones de l’Ouest semble s’être estompée au fil des ans.

« Jusque dans les années 1960, les liens étaient très serrés entre les trois provinces des Prairies », rappelle Laurier Gareau.

Dans les années 1920, les Voyages de la survivance organisés par l’ancêtre de l’ACF rassemblent des centaines de Franco-Canadiens des Prairies qui prennent le train pour le Québec et l’Ontario dans le but de tisser des liens et faire valoir leurs réalités.

En 1941, le journal fransaskois Le Patriote de l’Ouest fusionne avec son compatriote franco-manitobain La Liberté.

« Les Fransaskois étaient toujours au courant de ce qui se passait au Manitoba et vice versa, soutient Laurier Gareau. Et quand on feuillette les premières pages du Patriote de l’Ouest, on voit souvent des communications de l’Alberta. »

L’historien et dramaturge regrette que ces liens aient disparu aujourd’hui. « On a tendance à travailler chacun de son côté », perçoit-il.

Alors que « beaucoup de gens issus de la Saskatchewan vivent dans la francophonie albertaine », Nathalie Lachance précise qu’il n’existe pas de collaboration officielle entre l’ACF et l’ACFA, mais « des rapports chaleureux ».

« Nos directions générales ont de bons rapports, nous n’avons pas d’entente formelle mais des échanges réguliers », indique-t-elle.

Denis Perreaux est un bel exemple de ces liens. Né au Manitoba, ayant grandi en Saskatchewan et vécu sa vie d’adulte en Alberta, cet ancien directeur de l’ACFA se voit comme « un francophone des Prairies dont les attaches vont de Winnipeg à Edmonton ».

« Il y a un cloisonnement provincial, concède-t-il. Ce n’est pas un manque de volonté, c’est qu’il y a tellement de dossiers à compétence provinciale. Il faut avoir une vision panprairienne, mais on n’est pas nombreux à l’avoir. On s’occupe de notre patelin. »

Quoi qu’il en soit, le centenaire de l’ACFA sera souligné de diverses manières, notamment via le projet FRABuleux reflets, une série de cent portraits de francophones de la province, ou encore la réalisation d’une œuvre d’art collective composée de 100 toiles.

L’idée de se regrouper pour faire entendre sa voix reste donc plus que jamais d’actualité.

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