TABOU NO MORE

Réflexions sur la santé mentale

 

Tabou no more - Réflexions sur la santé mentale

Leanne Tremblay – IJL-L’Eau vive
/ Catégories: Société, Économie

Les entrepreneurs francoqueers de la Saskatchewan en manque de ressources

En 2025, le Comité francoqueer de l’Ouest (CFQO) a lancé un nouveau projet intitulé Oser avec fierté dans le cadre de sa programmation Fierté d’entreprendre. Le but : soutenir les entrepreneurs francophones queers de l’Ouest canadien, un segment pour qui les ressources d’aide au développement se font rares.

Oser avec fierté est une première. Ce projet de certification a offert à une trentaine de participants des webinaires axés sur la finance, le marketing, l’inclusivité, ou encore la diversité, exigeant le développement d’un plan d’affaires et avec, à la clé, 500 dollars en fonds de démarrage.

C’est la Chambre de commerce queer du Canada (CCQC) qui a financé l’initiative pour une période de deux ans.

Selon Martin Bouchard, directeur général du CFQO, le bailleur de fonds s’est intéressé à ce projet car « un projet comme ça, ça n’a jamais été fait ».

« On a offert des ressources et représentations qui manquaient. Des outils, des occasions de se rencontrer, des moments pour démontrer que ces entrepreneurs sont incroyables dans leur identité, souligne Martin Bouchard. C’était vraiment une formation spécifique à leurs perspectives. »

Le projet s’est déroulé de mars à octobre derniers. Pour le clôturer, le groupe s’est rassemblé à Montréal pour une « mission commerciale » au cours de laquelle ils ont visité et réseauté avec leurs pairs montréalais.

« L'entrepreneuriat, ce n'est pas un domaine facile, surtout pour des projets queers qui sont souvent mal perçus, poursuit Martin Bouchard. Oser avec fierté a vraiment permis à des personnes d’émerger et de se mettre à l’avant. »  

À la recherche d’une communauté

Parmi la trentaine de participants figurait l’artiste fransaskoise Mackenzy Vida qui réalise entre autres des œuvres imprimées.

« Je cherchais des ressources en entrepreneuriat et celles que je trouvais en Saskatchewan ne s’offraient qu’en anglais. Étant francophone et queer, ça nous met à une intersection vraiment unique. »

Confrontée à cette absence de ressources adaptées, la Réginoise s’est tournée vers le Comité francoqueer de l’Ouest.

« Le défi pour moi, c'est que je me sens isolée. Pour la majorité de mes projets, c'est juste moi. Apprendre à tout gérer soi-même, c’est beaucoup. Je remets beaucoup en question ce que je fais », confie la créative.

Oser avec fierté était donc la formation que cherchait l’artiste visuelle spécialisée en sérigraphie et en œuvres murales.

« J’ai découvert qu’il existe un réseau des personnes francoqueers qui est là et qui est actif. J’ai aussi appris sur l’importance d’être là l'un pour l'autre », se réjouit-elle.

Et Mackenzy Vida voit déjà les retombées de faire partie de ce nouveau réseau puisqu’elle a été embauchée en novembre dernier par l’Association canadienne-française de l’Alberta de Rivière-la-Paix pour réaliser une murale dans le centre communautaire Le 3e espace à Falher, toujours en Alberta.

« Ça prend beaucoup de courage »

Pour ces entrepreneurs, faire partie d’une minorité dans la minorité pose un défi double.

« Pour faire de l'entrepreneuriat francophone dans l'Ouest canadien, ça prend beaucoup de courage, croit Martin Bouchard. Les ressources, les chambres de commerce… Tout ce qui est offert est en anglais. »

Selon le directeur général du CFQO, basé à Vancouver, la francophonie a besoin de plus de représentativité dans le secteur économique. « Ces personnes vont être rejetées dès le départ, déplore-t-il. C’est une réalité. »

Pour Jacq Brasseur, qui est à la tête de l’entreprise Ivy + Dean Consulting, l’homophobie et la transphobie sont bien présentes dans le milieu de l’entrepreneuriat.

« Un client voulait annuler son contrat avec ma compagnie une fois que ses employés ont appris qu’on est une équipe queer », témoigne Jacq Brasseur.

Un futur incertain

En 2022, l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) avait elle-même lancé son initiative En toute fierté afin de faire rayonner la communauté queer fransaskoise et de sensibiliser le grand public.

Toutefois, le programme ne couvre pas l’entrepreneuriat, reconnaît le coordinateur Denis Rouleau. Une raison pour laquelle les entrepreneurs se tournent vers d’autres options, ou font des concessions.

« J'adore la Saskatchewan, confie Jacq Brasseur, mais souvent, en tant que personne francophone et personne queer, je ne sais pas si la Saskatchewan m’aime. Parfois, je sens que je dois choisir entre les deux. »

Toujours en 2022, afin de soutenir l’épanouissement économique de sa communauté dans la province, Jacq Brasseur avait fondé Saskatchewan Queer Entrepreneurs + Professionals, un groupe de réseautage et de ressources queer. Bien que le groupe opère en anglais, il est aussi membre du CFQO.

Pour plus de renseignements, rendez-vous sur leurs sites web respectifs.

Imprimer
41