Enfants disparus : pas de réconciliation sans responsables
Le Comité d'action pour la réconciliation de l’Université de Regina a organisé le 21 septembre une discussion autour des pensionnats autochtones et des enfants disparus. Un événement qui s’inscrit dans la démarche de l’institution de soutenir le processus de vérité et réconciliation.
Depuis la Cité francophone, la chercheuse Véronique Mireault ainsi que les consultantes Barbara Lavallée et Nadine Obey ont présenté leurs réflexions sur l'audience du Tribunal permanent des peuples qui s’est tenu en mai dernier à Montréal.
Pour rappel, le Canada y faisait l'objet d'une enquête pour crimes contre l'humanité et génocide dans le cadre de la politique des pensionnats autochtones.
« Nous voulions nous assurer d'attirer l'attention sur ce processus et sur la décision à venir », exprime Véronique Mireault, qui coordonne une série d’événements autour de la réconciliation.
Le Canada au banc des accusés
Le Tribunal permanent des peuples est un tribunal d'opinion international indépendant fondé en Italie en 1979 pour enquêter sur les violations des droits humains et des peuples à travers le monde. Il intervient souvent là où les institutions juridiques formelles ont failli.
Cette instance avait été saisie en 2024 par le Foyer des femmes autochtones de Montréal et Amnistie internationale Canada pour dénoncer le manque d'action du Canada dans le travail de réconciliation.
Des experts, journalistes et survivants des pensionnats y avaient présenté pendant quatre jours des éléments sur les enfants disparus, les sépultures non identifiées et la stérilisation forcée des femmes autochtones.
Le mot d'ordre était de rappeler au public que plusieurs zones d’ombre subsistent dans ce dossier qui occupe un siècle et demi d’histoire.
Car le travail de recherche est long, coûteux et doit être mené par les communautés concernées avec l’appui des autorités fédérales, ce qui est loin d’avoir toujours été le cas.
Dans son jugement préliminaire, le tribunal estime même que « le gouvernement du Canada a été un partenaire réticent dans le processus de réconciliation, ne fournissant qu'une aide limitée, sous forme de financements sporadiques et capricieux, utilisés comme une arme de contrôle ».
Un travail sacré
Barbara Lavallée et Nadine Obey, respectivement cofondatrice et directrice de kâ-natonahkik-tâpwêwin (KNT) Indian Residential School (IRS) Consulting, basé en Saskatchewan, sont en première ligne de cette quête de la vérité.
Leur travail guide les communautés autochtones dans les recherches sur leurs proches disparus, particulièrement les sépultures non identifiées autour des anciens pensionnats.
Au moins 4 000 enfants seraient morts dans les pensionnats entre 1828 et 1997, mais le nombre exact reste inconnu.
« On parle d'enfants, de communautés qui portent ces questions depuis des générations, de gens qui ont grandi en sachant que quelqu'un dans leur famille a été envoyé ailleurs et n'est jamais revenu », souligne Barbara Lavallée.
Selon les deux consultantes, qui évoquent un « travail sacré », il s'agit autant d'obtenir des réponses que de respecter l’autorité et les besoins culturels de chaque communauté.
À cet égard, elles travaillent étroitement avec les aînés en s’assurant de placer leur expertise au même niveau que les méthodes scientifiques. « Les survivants sont nos experts », explique Nadine Obey.
Une décision attendue
Barbara Lavallée dénonce la hiérarchie implicite à laquelle KNT IRS Consulting se retrouve continuellement confrontée.
« Les Premières Nations au Canada ont été analysées, documentées, photographiées, catégorisées et administrées depuis des générations. Pourtant, les familles autochtones se voient souvent refuser des informations essentielles à propos de leurs propres enfants. »
En plus de leur rendre la tâche difficile, le gouvernement du Canada retirerait ses financements à des moments critiques.
« L'État nous donne des financements comme une carotte tendue devant nous, et quand il réalise que nos recherches se rapprochent des sites de sépultures anonymes, qui sont des scènes de crime, ils se rétractent », avance Nadine Obey.
La décision finale du Tribunal permanent des peuples sera rendue le 30 septembre, avec l'espoir pour les consultantes, chercheurs et populations autochtones que la communauté internationale reconnaisse le travail encore nécessaire pour la réconciliation.
314