Du choc linguistique à l’épanouissement : le parcours de Mémé de Zorèce Rabejohary
En arrivant à Regina en août 2022, Mémé de Zorèce Rabejohary, originaire de Madagascar, ne s’attendait pas à devoir réapprendre à suivre des cours dans une autre langue. Quatre ans plus tard, entre son héritage et son nouveau milieu d’accueil, le scientifique ne veut pas trancher mais embrasser le tout.
Mémé a grandi et étudié dans un environnement majoritairement francophone.
Passionné de géologie, l’homme de 38 ans a obtenu sa première maîtrise à Madagascar avant d’obtenir, quelques années plus tard, une bourse lui permettant de poursuivre ses études au Canada.
Son choix se porte sur l’Université de Regina : « Mon superviseur actuel [le docteur Tsilavo Raharimahefa] était déjà mon cosuperviseur lors de ma première maîtrise effectuée à Madagascar », explique-t-il.
Ce nouveau cadre permet au géologue de bénéficier de ressources auxquelles il n’avait pas accès auparavant.
« Dans mon pays, nous ne disposons pas d’équipements suffisants pour mener des expériences, confie-t-il. Ici, nous avons tout l’équipement nécessaire pour mener des recherches avancées. »
La barrière linguistique
Mais cette adaptation ne se limite pas au domaine scientifique, car dès les premiers cours, une autre difficulté se présente : la langue.
En Saskatchewan, l’étudiant doit se mettre au diapason de l’anglais. Les premières semaines exigent donc un investissement considérable.
« Je devais enregistrer les cours en audio, les réécouter, essayer de comprendre, et parfois traduire, se souvient-il. L’exercice était exigeant parce que l’anglais est ma troisième langue. »
Mémé parle en effet le malgache et le français, les deux langues officielles de son pays d’origine, le français étant largement utilisé dans les domaines de l’éducation et de l’administration.
Loin de se laisser abattre, Mémé décide de se donner un nouvel objectif d’apprentissage.
« J’ai surmonté ces difficultés en pratiquant régulièrement. Tout s’améliore avec le temps et un travail régulier », assure-t-il.
En gagnant peu à peu confiance, le jeune homme découvre même un nouvel univers culturel, « avec des gens de divers horizons ».
Garder le lien
Malgré la découverte de ces nouveaux horizons, préserver sa langue natale, le français, lui tient aussi à cœur.
« Ce n’est pas facile de trouver des francophones dans mon entourage. Alors les rares occasions de parler français me font particulièrement plaisir », témoigne-t-il.
Depuis son installation dans la province, loin de son environnement francophone d’origine, une nouvelle appréciation de la langue se développe ainsi.
« Je ne veux pas abandonner le français. Au contraire, les occasions de parler cette langue prennent une valeur particulière. Je suis fier de faire partie des étudiants capables de parler les deux langues officielles du Canada », affirme-t-il.
Ici, le bilinguisme devient un moyen d’élargir encore ses perspectives.
« J’ai beaucoup appris, non seulement en français et en anglais, mais aussi dans d’autres cultures. Entre mon héritage francophone à Madagascar et mon immersion dans un environnement anglophone en Saskatchewan, je ne cherche pas à choisir. Je préfère retenir ce que chacune de ces expériences peut m’apporter », résume-t-il.
Pour Mémé, apprendre à évoluer en anglais n’a donc pas signifié tourner le dos au français. Bien au contraire, l’éloignement lui a permis d’en mesurer davantage la valeur.
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