Le hockey féminin se taille une place dans les communautés francophones
Du Yukon à la Nouvelle-Écosse, le hockey se patine aussi au féminin dans les communautés francophones. Porté par la nouvelle ligne professionnelle et les derniers Jeux olympiques d’hiver, l’engouement grandit, mais les joueuses rappellent que la parité est encore loin d’être atteinte.
« Quand j’ai commencé à jouer au hockey, à 8 ans, il n’y avait qu’une autre fille dans mon équipe », raconte Orlina A. Ménard, 21 ans, qui évolue dans la ligue de hockey féminin à Whitehorse.
« Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’opportunités. Dans toute la région, à peu près 23 équipes de femmes jouent au hockey présentement […] On voit que ça gagne de la popularité assez vite », constate de son côté Catherine Paulin à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.
Elle a commencé à jouer à la ringuette en 8e année avant de se mettre au hockey, au secondaire.
« Il n’y avait pas beaucoup d’équipes féminines à l’époque », rapporte la quarantenaire qui entraîne actuellement une équipe à l’école secondaire de sa fille.
Au Manitoba, Chantal Young, 39 ans, originaire de Saint-Claude, fait le même constat.
« Il y avait quelques filles qui jouaient, l’ouverture était là, mais ce n’était pas très commun. Il y en avait dans les premiers niveaux, mais ensuite on voyait rarement des filles dans les équipes des garçons », se souvient celle qui s’est tournée vers le patinage artistique.
Mère de deux filles, la directrice générale de Sports en français rappelle l’importance d’avoir des modèles féminins.
« Avec les Olympiques ces derniers jours, ça criait, ça criait, dit-elle en riant. J’entendais : “Maman, c’est Marie-Philippe [Poulin, la capitaine de l’équipe canadienne de hockey féminin]!” Ça vient vraiment les chercher. »
Selon elle, la création de Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF), en 2023, a vraiment changé la donne.
« Il y avait quand même des équipes féminines très fortes, mais on les voyait à chaque quatre ans. Là, avec toute la gang de la Ligue, la visibilité est là. »
L’engouement se fait aussi ressentir au sein de la communauté franco-manitobaine. Le Collège Louis-Riel a, depuis la rentrée 2025, une équipe de hockey féminin composée de jeunes de la 9e à la 12e année. « L’intérêt est là », assure Chantal Young.
Même les détails comptent, rappelle Catherine Paulin, citant les paquets de cartes vendus chez Tim Hortons.
« Avant, il y avait une ou deux cartes de joueuses de hockey, tandis que là, il y en a beaucoup plus. Juste avec des choses comme ça, on voit qu’il y a quand même un pas d’en avant. »
Changement de mentalité
« Quand j’ai commencé à jouer avec les gars en compétition en France, c’était compliqué, témoigne Aurélie Donnini. Ils ne me faisaient pas confiance. Maintenant, les mentalités changent. »
Cela fait deux ans et demi que cette francophone de 36 ans a posé ses patins à Whitehorse. La gardienne de but cite l’une de ses coéquipières, en France, qui disait se faire passer pour un garçon à ses débuts.
« Ici, je n’ai eu aucun problème à m’intégrer chez les hommes, alors qu’ils ne connaissaient pas du tout mon niveau et ne savaient pas qui j’étais, poursuit-elle. Il y a moins de sexisme. Les gens sont plus ouverts parce qu’ils reconnaissent que les femmes sont tout à fait capables de challenger les hommes. »
À Clare, en Nouvelle-Écosse, un nouveau programme communautaire propose des séances d’initiation au hockey pour les femmes.
« On avait vu qu’il y avait de la demande », partage la responsable du projet et agente de communication à la Municipalité de Clare, Anique Dugas.
Pour faciliter la pratique, les séances sont gratuites et des bénévoles assurent un service de garde pour les enfants.
« Un des obstacles qu’on avait identifiés, c’était le fait que l’équipement de hockey, c’est cher, remarque Anique Dugas. Puis surtout, on ne sait même pas si on va aimer ça ou pas. Donc c’est parfois difficile de faire l’investissement. »
C’est pourquoi elle a mis en place un système de prêt de matériel grâce à des contacts personnels, en attendant l’obtention de financement pour acheter des équipements permanents.
Au-delà du jeu
« Quand j’ai commencé à jouer, je ne parlais pas vraiment en anglais. J’étais l’une des seules francophones sur la glace, sinon la seule », indique Orlina A. Ménard.
Aujourd’hui, la langue de Molière se fait davantage entendre sur les glaces du Yukon.
« C’est plus le fun, c’est spécial d’avoir des interactions en français. Il y a assez de francophones pour parler en français sur le banc. Ça ajoute de la positivité. »
Au-delà du jeu et de la compétition, les femmes aiment avant tout retrouver sur la glace une « communauté », relève Catherine Paulin.
Un sentiment d’appartenance qui n’a pas de langue. « La beauté du hockey, c’est que quand on arrive sur la glace, on est tous égaux. Peu importe d’où on vient, quelle carrière on a, ou notre statut économique, social », souligne-t-elle.
« C’est sûr que quand on est des francophones parsemés à travers l’équipe, on crée des liens naturellement à travers la langue, à travers notre culture, vu qu’on est une minorité. »
Encore loin de la parité
Néanmoins, toutes s’accordent à dire que le match est loin d’être gagné.
« On est quand même loin de la parité, nuance Catherine Paulin. Il y a beaucoup d’hommes qui sont coachs d’équipes de femmes ou d’équipes de filles. »
« Il y a encore dans ce monde-là beaucoup de réticence par rapport à des femmes qui coachent et une inégalité par rapport à la perception du coach femme par rapport au coach homme », estime la Néo-Brunswickoise.
Elle évoque des stéréotypes comme celui d’un coach masculin sévère et strict qui hausse la voix pour imposer son autorité. « On a encore cet environnement toxique là. »
Or, selon Catherine Paulin, c’est la représentation qui fait la différence. « Si les filles ne voient pas des coachs femmes, comment est-ce qu’elles peuvent se voir dans ce rôle-là ? »
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