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ABCdaire d'un cerveau en santé

La vie lente ? Je m’y précipite !

La vie lente ? Je m’y précipite !

Je suis lente. Dans tout ce que j’entreprends, ma lenteur est ineffable. Je suis plus dans l’équipe de la tortue que dans celle du lièvre. Quand je marche, je me fais dépasser par des seniors opérés de la hanche. À la piscine, j’ai toujours une longueur de retard. Et je mets des plombes à écrire une chronique. C’est décidé, j’accélère.

Je me promène dans la vie comme si c’était une zone limitée à trente. Mais plus le temps passe, plus il va vite.

Pas besoin d’être Einstein pour comprendre que quand on est dans la deuxième moitié de sa vie et qu’on veut en faire quelque chose, il faut passer la seconde.

Une amie à qui je m’en plaignais m’a dit : « Tu es juste une adepte de la slow life. » Je ne connaissais pas ce concept.

Après plusieurs semaines, je me suis renseignée. Né en Italie en 1986 à l’origine pour lutter contre les fast-foods, le mouvement s’est généralisé.

La slow life propose de retrouver collectivement un rythme de vie plus physiologique et plus proche de celui de la planète.

Chacun peut commencer à son niveau par des petites choses du quotidien : lire un livre, écouter une chanson en entier, faire une seule tâche à la fois.

Se lever sans réveil et manger des produits locaux de saison ? Je suis pour ! En plus, c’est tout à fait moi !

Même pas capable de regarder un match de hockey en scrollant sur mon téléphone avec de la musique dans les oreilles ! Je suis comme Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme, je faisais de la slow life sans le savoir !

Ce rythme ne peut plus durer, c’est décidé, j’accélère. Et pour ça, je n’ai qu’à prendre exemple sur mes enfants. Ils vivent à cent à l’heure.

En les entendant téléphoner, je croyais que tous leurs amis avaient des voix de minions sous hélium. Mais ma fille m’explique qu’au lieu de s’écrire des textos, ils s’envoient des vocals. Ça va plus vite. Je corrige : des vocaux. Ces jeunes, il faut tout leur apprendre !

Elle poursuit, imperturbable : « J’écoute les messages en fois deux », démonstration à l’appui.

Effectivement, on peut choisir vitesse 1,5 ou 2. Pour ne pas faire les choses à moitié, je teste en doublant la vitesse du son. Je pense que le gain de temps est relatif parce que pour comprendre le message, il faut que je l’écoute plusieurs fois. Mais je progresse.

Sans attendre, je raconte l’expérience à une collègue. Ce n’est pas une découverte pour elle et, pensant sûrement que je ne suis pas une lumière, elle rajoute : « Moi, je cours en écoutant des livres audio en accéléré. »

Ça m’a stoppée net, comme un lièvre dans les phares. Si c’est ça prendre le train de la société en marche, partez devant, je vous rejoindrai.

Je vais poursuivre le trajet dans mon tortillard en promenant tranquillement mes livres le long du chemin.

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