Dans le silence des plaines, l’IA rencontre la terre
La Saskatchewan, une terre immense, silencieuse, presque brute. Un territoire où l’on ressent le rythme des saisons, le poids du vent et une lenteur qui laisse place à l’observation. C’est ici, dans ce calme apparent, qu’un projet innovant prend une tout autre nature : la construction du plus grand centre de données dédié à l’intelligence artificielle au Canada.
À première vue, tout semble clair. On parle d’investissement, près de 12 milliards de dollars, de création de plus de 1 600 emplois et de souveraineté des données.
La Saskatchewan dispose d’une capacité énergétique importante, renforcée par son plan de sécurité et d’approvisionnement énergétique dévoilé à l’automne 2025, suscitant un vif intérêt industriel.
Regina est un véritable point stratégique : un lieu où l’on peut stocker, traiter et faire circuler des données à grande échelle, notamment dans la municipalité rurale de Sherwood.
Sous la prairie, les données
« Nous avons besoin de toute l’énergie disponible aujourd’hui, peu importe sa source », affirme le représentant du projet de Bell AI Fabric, entendu lors de la présentation du projet.
L’énergie est une ressource centrale, mobilisée pour soutenir le développement technologique. Les acteurs évoquent des retombées économiques, des collaborations avec les universités, ainsi que des partenariats avec les communautés locales, dont la Première Nation George Gordon.
Ces éléments sont réels et porteurs, mais qu’en est-il de leur pérennité ? Qui pourra réellement en bénéficier ? Et comment mesurer l’impact d’une infrastructure que l’on ne voit pas, mais qui mobilise énergie et ressources à grande échelle ?
Le gouvernement met en avant des solutions techniques, comme des systèmes d’eau en circuit fermé, la réutilisation de la chaleur, ou le développement énergétique futur. Autant d’éléments qui cherchent à répondre aux préoccupations environnementales.
Pourtant, une question se pose : comment l’intelligence artificielle peut-elle cohabiter avec des réalités agricoles, climatiques et humaines encore très présentes ?
Et au-delà des réponses techniques, comment maintenir un lien avec le territoire lorsque les infrastructures deviennent invisibles ?
Un fil se tisse
Le lien à la terre reste palpable en Saskatchewan, même s’il évolue. Les centres de données introduisent ainsi une présence nouvelle à la fois silencieuse, discrète et structurante.
Cette transformation s’inscrit autant dans les sols que dans les réseaux, au croisement des racines autochtones et des multiples héritages qui façonnent le territoire.
Cela étant dit, les nouvelles dynamiques technologiques sont là et l’enjeu est peut-être de ne pas chercher à opposer technologie et territoire, d’apprendre à les faire dialoguer.
Alors que ce projet de grande envergure promet des retombées économiques et fiscales pour la province, le temps révélera si cette rencontre entre le silicium et la terre conservera ou dénaturera l’identité de la Saskatchewan.
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