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Ghita Hanane – IJL-Réseau.Presse
/ Catégories: Société, Femmes

Célébrer l’Aïd en Saskatchewan : récits de femmes francophones musulmanes

À la fin du ramadan, une fébrilité douce s’installe, faite d’odeurs sucrées, de préparatifs minutieux et d’une joie contenue. L’Aïd el-Fitr est là. En Saskatchewan, loin de leurs pays d’origine, les familles musulmanes donnent à cette fête une dimension intime et profondément signifiante, surtout pour les femmes qui en portent bien souvent l’organisation et la transmission.

À Regina, Ikram, arrivée du Maroc il y a trois ans, décrit cette période de fin du ramadan, datée du 20 mars cette année, avec une certaine émotion.

« Là-bas, tout le monde vit le ramadan en même temps. Les rues, les commerces, les voisins… Tout est synchronisé. Ici, c’est différent. Il faut créer cette ambiance chez soi. »

Ikram marque une pause, puis ajoute : « Mais ça rend l’Aïd encore plus spécial. On y met plus de cœur. »

Chez elle, la veille de l’Aïd est un moment presque sacré. On prépare les pâtisseries, on sort les vêtements soigneusement choisis, on appelle la famille restée au pays.

« Mes enfants participent à tout. Je veux qu’ils ressentent cette joie, qu’ils comprennent d’où ça vient. »

Ce besoin de transmettre revient souvent dans les témoignages. Leïla, originaire de Tunisie et mère de deux enfants nés au Canada, insiste sur cette responsabilité.

« Ici, rien ne rappelle spontanément l’Aïd. Ce n’est pas un jour férié, il n’y a pas de décorations dans les rues. Alors c’est à nous de donner du sens. »

Cette dernière raconte comment elle décore la maison, prépare un repas festif et prend le temps d’expliquer à ses enfants la signification de cette journée.

« Je veux qu’ils soient enracinés, même s’ils grandissent ailleurs », défend la mère de famille.

Choisir sa famille

À Saskatoon, Aïcha, venue d’Éthiopie, parle d’un équilibre entre nostalgie et gratitude.

« Bien sûr qu’on pense à nos familles. L’Aïd, c’est normalement les visites, les grandes tablées, les rires qui débordent… Ici, c’est plus calme. Mais en même temps, on crée autre chose. On s’entraide entre amis, on devient une famille choisie. »

Ce sentiment est partagé par Fatoumata, originaire du Mali. Cette dernière souligne l’importance des liens qui se tissent dans la communauté d’accueil.

« On s’appelle, on s’invite, on partage ce qu’on a. Même un simple thé peut devenir un moment de fête. »

Pour elle, vivre sa foi en Saskatchewan est aussi une expérience positive : « Je me sens respectée. Les gens sont curieux, mais de façon bienveillante. Ça ouvre des discussions. »

La générosité avant tout

Malgré tout, le quotidien pendant le ramadan reste exigeant. Samira, d’origine algérienne, évoque une réalité bien concrète.

« Il faut travailler, s’occuper des enfants, gérer la fatigue… Les horaires ne sont pas adaptés, surtout en hiver ou quand les journées sont longues. »

Tout en souriant, elle ajoute : « Mais quand l’Aïd arrive, tout ça s’efface. On ressent une vraie fierté d’avoir tenu. »

Cette fierté, mêlée à un sentiment d’accomplissement spirituel, est au cœur de la fête. L’Aïd n’est pas seulement un moment de réjouissance, c’est aussi un temps de partage et de générosité.

« On pense aux autres, on donne, on pardonne, résume Aïcha. C’est une journée où on repart sur de bonnes bases. »

En Saskatchewan, cette dimension collective prend une forme particulière à travers des initiatives locales.

À Regina, un événement intitulé Un Aïd aux quatre vents a proposé cette année un rassemblement ouvert à tous le 22 mars au pavillon secondaire des Quatre-Vents de l’École Monseigneur de Laval.

Il s’agissait de partager un repas de type potluck où chaque invité était amené à faire découvrir ses saveurs et à échanger.

Pour Ikram, ce genre d’événement est essentiel : « Ça nous sort de l’isolement. On voit qu’on n’est pas seules à vivre ça. »

Leïla y voit aussi une opportunité pour ses enfants : « Ils rencontrent d’autres enfants comme eux. Ça normalise leur expérience. »

Au fond, célébrer l’Aïd en Saskatchewan, c’est apprendre à conjuguer plusieurs identités. C’est être à la fois d’ici et d’ailleurs, porter une mémoire tout en construisant de nouveaux repères.

Et dans chaque maison, dans chaque sourire échangé, dans chaque plat partagé, une même idée persiste : peu importe le lieu, tant que l’intention est là, l’esprit de l’Aïd continue de vivre.

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