Maison de la Francophonie : 8 millions et toujours pas de plan d’affaires
Je ne suis ni pour ni contre le projet, je veux voir les documents avant qu’on décide ensemble
Depuis 2023, la Société historique de la Saskatchewan pilote un projet appelé la Maison de la Francophonie : un immeuble qui réunirait sous un même toit les bureaux de nos organismes communautaires, des espaces culturels, un lieu digne pour nos archives et des locaux commerciaux bilingues. Une première maison à Regina, une seconde à Saskatoon par la suite. Coût évoqué : environ huit millions de dollars.
L’idée est séduisante. C’est justement pourquoi le manque d’information et de débat qui l’entoure est si difficile à accepter. On m’a peut-être présentée comme une opposante au projet — je ne le suis pas nécessairement. En fait, je n’ai pas l’information pour analyser, débattre et prendre cette décision. Ce que je réclame, c’est l’heure juste.
J’ai d’abord posé mes questions là où on est censé les poser : au Rendez-vous fransaskois. Trois ans après le lancement du projet, l’étude de faisabilité et le plan d’affaires ne sont toujours pas publics. L’information a surtout circulé entre directions générales et conseils d’administration d’organismes provinciaux. Les réponses ne sont pas venues.
Je ne suis pas seule dans ce cas. En juin, à son assemblée générale annuelle, l’Association communautaire fransaskoise de Regina a retiré son appui au projet par un vote de 21 en faveur et 2 abstentions, et a demandé la tenue d’une assemblée générale extraordinaire de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) pour en débattre. Pour forcer cette convocation, les statuts exigent l’appui écrit de 10 membres d’au moins trois régions de la province. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une pétition en juillet : non pas pour faire du bruit, mais parce que c’est le mécanisme prévu par nos propres règlements. 68 personnes l’ont signée.
Le comité exécutif de l’ACF a depuis recommandé la tenue de cette assemblée, et l’Assemblée des députés communautaires doit en fixer la date le 12 septembre. C’est pour cette raison que j’écris aujourd’hui.
Entretemps, le 11 août, les six organismes partenaires ont annoncé l’abandon de l’achat de l’immeuble de la rue Rose et un nouveau calendrier menant jusqu’en 2028, faute de financement fédéral. Certains y verront une raison de reporter la discussion. J’y vois le contraire : nous avons deux ans devant nous, le moment idéal pour se parler franchement avant que d’autres sommes et efforts soient engagés.
Ce que nous demandons à cette assemblée est simple. L’historique des décisions prises depuis 2023. L’étude de faisabilité et le plan d’affaires. La confirmation des contributions financières obtenues et refusées. La liste des partenaires et la nature réelle de leur engagement. Et l’analyse des répercussions du projet sur le financement des centres scolaires communautaires, les centres culturels et sur l’enveloppe fédérale destinée aux communautés fransaskoises.
Ces questions ne sont pas les miennes. Elles appartiennent à toute la communauté, et c’est à elle que l’ACF doit des réponses. Des fonds communautaires avaient été engagés.
Les partenaires visaient le Fonds fédéral pour les espaces communautaires, l’enveloppe de Patrimoine canadien créée pour les infrastructures des communautés francophones. Ce fonds n’accepte plus de nouvelles demandes : les engagements pluriannuels déjà approuvés l’ont épuisé. Du côté des infrastructures générales, le guichet du Programme pour les bâtiments communautaires verts et inclusifs est fermé lui aussi, ses fonds entièrement alloués. Les deux portes sont closes aujourd’hui.
Alors où frappera-t-on demain ? Si c’est dans l’enveloppe des langues officielles, la Maison entrera-t-elle en concurrence avec le financement aux infrastructures éducatives et communautaires prévu au même plan d’action fédéral — donc avec nos écoles et nos centres scolaires communautaires ?
Peut-être que la Maison en vaut le coût. Peut-être que non. Personne ne peut répondre sans les chiffres, sans le plan d’affaires qui assure sa viabilité.
Je ne demande rien que l’ACF ne se soit déjà engagée à faire. Son plan stratégique inscrit la transparence parmi ses valeurs, avec la promesse de gérer à livre ouvert en tout temps.
Une assemblée générale extraordinaire n’est pas un procès. C’est un débat d’idées, un échange ouvert et respectueux entre gens qui veulent la même chose : une communauté fransaskoise forte, partout dans la province.
Sylvie Bergeron
Membre de la communauté fransaskoise
147