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Un don de 5 millions de dollars ravive la mémoire des Filles de la Providence

Un don de 5 millions de dollars ravive la mémoire des Filles de la Providence

Un don historique remis à St. Thomas More College, à Saskatoon, a été salué comme un geste fort en faveur du dialogue et de la reconnaissance des peuples autochtones. Mais derrière ce don se trouve une congrégation qui a profondément marqué le développement de la francophonie en Saskatchewan.

C’est le don le plus important jamais enregistré par l’institution. Des sous qui serviront à la création d’une chaire en spiritualité et réconciliation autochtones.

Lors de la cérémonie officielle, une couverture étoilée a été remise à sœur Henriette LeStrat, symbole de respect et de reconnaissance.

Ce moment solennel a aussi ravivé l’intérêt pour l’histoire de la communauté religieuse francophone des Filles de la Providence, présente depuis plus d’un siècle dans l’Ouest canadien, à l’origine de ce don.

Éduquer et servir

Fondées en 1818 à Saint-Brieuc, en Bretagne, par le prêtre Jean-Marie de la Mennais, les Filles de la Providence s’inscrivent dans le vaste mouvement des congrégations enseignantes féminines du 19e siècle.

Leur mission repose sur l’éducation, l’action sociale et l’accompagnement des populations vulnérables, en particulier les jeunes filles.

Arrivées en Saskatchewan en 1897, d’abord à Saint-Louis, les religieuses s’implantent rapidement dans plusieurs communautés francophones, où elles dirigent des écoles, des pensionnats et assurent une présence dans les villages éloignés des centres urbains.

« Elles étaient partout », résume Alice Cullen, ancienne pensionnaire. « Presque toutes les familles francophones avaient une sœur dans la famille. »

Braver les interdits

Pour saisir l’ampleur de la contribution des bonnes sœurs, il faut replacer leur action dans le contexte linguistique de l’époque.

Marc Masson, auteur d’une maîtrise sur les congrégations religieuses francophones en Saskatchewan, rappelle que l’enseignement du français a longtemps été restreint.

« Entre 1925 et 1965, il était essentiellement illégal d’enseigner en français en Saskatchewan, sauf avec certaines dérogations », explique-t-il. Les religieuses devaient enseigner en anglais, selon le curriculum provincial.

Une marge de manœuvre existait toutefois : ce qu’on appelait « l’'heure du français », un enseignement linguistique offert en marge du programme officiel.

« Les religieuses, et les Filles de la Providence en particulier, valorisaient énormément cette heure-là », souligne Marc Masson.

« C’est en grande partie grâce à elles que les francophones ont pu continuer à apprendre à lire et à écrire en français. »

Le français comme langue de vie

L’apport des Filles de la Providence ne se limitait pas aux heures de classe. À l’intérieur même de la congrégation, le français était la langue de la vie quotidienne.

« Elles ont toujours fonctionné en français. Ça n’a jamais dévié, précise Marc Masson. Même les anglophones qui entraient dans la congrégation devaient apprendre le français. »

Cette cohérence donnait à la langue une valeur structurante. « L’objectif n’était pas seulement de parler français, mais de le maîtriser : savoir lire, écrire et comprendre », ajoute-t-il.

Dans les villages, les sœurs jouaient aussi un rôle clé dans la vie culturelle en organisant des spectacles de Noël, des pièces de théâtre, des chorales et diverses activités parascolaires.

Leur disponibilité leur permettait de s’investir pleinement auprès des jeunes, souvent sur plusieurs années.

« Elles avaient le temps et la formation pour accompagner les jeunes au-delà de l’école, note Marc Masson. On ne peut pas mesurer facilement l’influence culturelle qu’elles ont eue. »

Le tournant des années 1960

À partir des années 1960, plusieurs facteurs entraînent un recul progressif de la présence des religieuses dans les écoles.

Le concile Vatican II, en 1965, amorce une redéfinition des missions religieuses, tandis que la société se sécularise et que de nombreuses religieuses quittent la vie conventuelle.

Un autre changement majeur survient en 1968, lorsque la Saskatchewan autorise officiellement l’enseignement en français.

« La responsabilité de l’éducation en français passe alors davantage à l’État, explique Marc Masson. L’Église n’a plus à porter ce rôle comme elle l’avait fait quand c’était illégal. »

Les Filles de la Providence réorientent alors leur engagement vers l’action sociale et l’aide aux populations marginalisées, au Canada comme à l’étranger.

C’est dans ce contexte que se place le don de 5 millions de dollars au St. Thomas More College. S’il tente de répondre aux enjeux de réconciliation avec les peuples autochtones, il s’inscrit aussi dans une continuité historique : celle d’une congrégation pour qui l’éducation, la justice sociale et l’accompagnement des plus vulnérables ont toujours été au cœur de la mission.

Aujourd’hui, les congrégations religieuses sont peu nombreuses et vieillissantes. Pourtant, leur héritage demeure dans la mémoire fransaskoise.

« Ce serait un livre à écrire, conclut Alice Cullen. Il y a tellement d’histoires, tellement de vies marquées. »

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