
L’Entente Canada-Saskatchewan sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants a finalement été prolongée jusqu’en 2031 en fin d’année dernière. Une bonne nouvelle que certains parents et membres de la communauté fransaskoise nuancent, au vu du contexte inflationniste et de l'accès élargi aux centres lucratifs.
« En tant que parent, c’est un grand soulagement que l’entente se poursuive. Si elle s’était arrêtée en mars, cela aurait fait exploser les coûts pour ma famille », lance Sarah Vennes-Ouellet, parent et présidente du Centre éducatif Pomme d’Api à Moose Jaw.
Pour rappel, la Saskatchewan faisait partie des dernières provinces à ne pas avoir renouvelé l’accord avec le gouvernement fédéral signé en 2021, et cette entente devait prendre fin le 31 mars 2026.
Le soulagement est partagé par Loubna Dabet, directrice générale de la Coopération fransaskoise des centres éducatifs à la petite enfance.
« Nous sommes très contents, parce que nous souhaitons l’accessibilité pour tous les parents, souligne la responsable. C’est un coût onéreux, notamment pour les familles avec deux ou trois enfants. »
Une pression croissante
Depuis trois ans, la pression financière est rude pour les centres de garde. Couvrir les dépenses de base relève désormais du défi alors que l’inflation atteint des sommets.
« Les frais de comptabilité ont explosé : en cinq ans, faire les états financiers est passé de 250 à 800 dollars minimum par mois », relate Sarah Vennes-Ouellet. Les revenus, quant à eux, stagnent.
Si le ministre de l’Éducation Everett Hindley et le secrétaire d’État au Développement rural Buckley Belanger se félicitent et perçoivent ce renouvellement comme une avancée sociale, le fossé continue de se creuser entre l'initiative instaurée en 2021 et la réalité.
« Oui, le système est très avantageux pour les parents. Il est là pour économiser de l’argent et améliorer le taux horaire des employés, mais il n’y a aucun mécanisme qui assure la viabilité financière des centres », déplore Sarah Vennes-Ouellet.
Auparavant, lorsque les dépenses augmentaient, les revenus pouvaient s’ajuster en conséquence. Désormais, puisque c’est le ministère qui fixe et verse les montants, ce n’est plus le cas.
Cette réalité touche autant les centres francophones qu’anglophones. « Des centres, dans ma région, me disent qu’ils opèrent à perte tous les mois », témoigne la présidente de garderie.
Les centres lucratifs désormais admissibles
Nouveauté dans l’entente renouvelée : les centres à but lucratif peuvent désormais bénéficier de la subvention. Un point qui ne fait pas l’unanimité.
Pour Loubna Dabet, cette mesure peut certes contribuer à réduire les listes d’attente en augmentant l’offre, mais la prudence est de mise.
« Ce qui risque de se produire, c’est un réajustement des tarifs en tenant compte des aides. Finalement, on se retrouve avec des montants similaires à ceux d’avant », explique-t-elle.
Sarah Vennes-Ouellet, elle, s’insurge : « Je trouve ça navrant d’imaginer que des places puissent générer du profit avec de l’argent public, alors qu’en parallèle on laisse les centres à but non lucratif dans une situation financière extrêmement difficile. »
Le ministre de l’Éducation assure que seule « une très petite partie » des investissements annoncés sera octroyée aux garderies à but lucratif.
Un système à revoir
Si la signature de cette entente est une bonne chose, plusieurs parties prenantes dénoncent le fait que les subventions ne sont plus adaptées à la réalité économique des services de garde.
Les établissements, coincés entre frais de loyer, alimentation des enfants et salaires de la direction et du personnel de cuisine, ne sont couverts par l’aide actuelle que pour une fraction de leurs dépenses, notamment le salaire des éducatrices.
Pourtant, l’urgence est bien réelle pour Sarah Vennes-Ouellet : « On a besoin que la subvention de base pour les opérations soit révisée. Sinon, le système ne fonctionnera plus et les centres fermeront leurs portes faute de viabilité financière », avertit-elle.
Le gouvernement provincial a promis 28 000 nouvelles places d’ici 2026, mais, selon une étude du Centre canadien de politiques alternatives, seulement 6 000 places auraient été ouvertes dans les faits. Pire, plus de la moitié des enfants saskatchewanais vivraient dans « un désert de services de garde ».