QUOI DE NEUF?

Recensement 2026 et enfants francophones : Statistique Canada ne corrige pas le tir

Recensement 2026 et enfants francophones : Statistique Canada ne corrige pas le tir

Dans le recensement de 2026, Statistique Canada ne retrace pas les liens familiaux des enfants et des parents qui vivent sous des toits différents. Un choix qui remet à plus tard le dénombrement de milliers d’enfants admissibles à l’éducation dans la langue de la minorité.

Dans son recensement de 2026, Statistique Canada n’a pas inclus de questions spécifiques pour retracer les liens familiaux qui permettraient à des enfants d’être admissibles à l’éducation dans la langue officielle minoritaire.

Pourtant, en 2024, l’agence a publié une étude sur la sous-classification des enfants admissibles à l’instruction dans la langue officielle minoritaire lors du Recensement de 2021.

Selon ce document, 57 650 enfants au Canada hors Québec admissibles à l’éducation en français ont été recensés comme inadmissibles.

Au total, l’étude estime à plus de 91 700 le nombre d’enfants mal classifiés au pays, dont plus de 34 000 anglophones au Québec.

Pourquoi un recensement?

Le recensement se fait tous les cinq ans au Canada, en vertu de la Loi sur la statistique. Le remplir est obligatoire, sous peine de pénalités.

Selon Statistique Canada, la version longue du questionnaire permet de recueillir davantage de renseignements «sur la situation sociale et économique de personnes partout au Canada et sur les logements dans lesquels elles habitent».

Un recensement de l’agriculture se fait en parallèle : tous les exploitants reçoivent le même questionnaire.

Retracer les liens familiaux, une limite en 2021 et en 2026

Cette lacune s’explique par le fait que Statistique Canada n’a pas pu retracer les liens familiaux qui auraient permis de déterminer que ces enfants étaient admissibles.

Par exemple, un enfant qui vit avec un parent anglophone, mais dont l’autre parent francophone ne réside pas avec lui, ne peut être recensé comme admissible à l’éducation en français. Même chose pour les enfants qui ne vivent pas avec un frère ou une sœur ayant fréquenté pendant au moins un an un établissement francophone.

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Josée Guignard Noël affirme que l’absence de question spécifique pour retrouver des parents francophones qui ne vivent pas sous le même toit que leurs enfants est «dommageable» pour dénombrer correctement les enfants admissibles à l’éducation en français. Photo : Courtoisie ICRML

C’est aussi le cas de certains enfants ayant des origines francophones ou au moins un grand-parent francophone, comme en Nouvelle-Écosse, où le gouvernement provincial prend en compte la clause dite «grand-parent», explique Josée Guignard Noël, chercheuse à l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML), à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Dans les trois cas, ces enfants sont admissibles au regard de la Charte canadienne des droits et libertés.

«Pas de nouvelle question» pour corriger le tir

Josée Guignard Noël note toujours cette lacune dans le questionnaire court actuel du recensement de 2026.

«D’après ce que moi je vois, il n’y a pas de nouvelles questions et pas de changement de question pour le moment. Cela aurait été quand même très pertinent pour encore mieux dénombrer les enfants admissibles d’avoir des questions un peu plus spécifiques sur les liens familiaux dans le questionnaire.»

Elle rappelle toutefois qu’il faut nuancer : «Ça reste un questionnaire court et Statistique Canada doit faire des choix.»

En revanche, la chercheuse note que même le questionnaire long ne contient toujours pas de question sur les origines des enfants ou sur la langue parlée par les grands-parents. Selon elle, c’est pourtant là qu’il aurait fallu rectifier le tir, puisque la version longue creuse davantage la situation économique, sociale et familiale des personnes qui le reçoivent.

«C’est sûr que ce chiffre de 57 000 est grand et ça a un impact sur les conseils scolaires francophones qui veulent planifier leurs services; agrandir une école ou la construction d’une école», illustre Josée Guignard Noël.

Il aurait fallu que Statistique Canada demande, par exemple, la langue maternelle des deux parents, pas nécessairement des deux individus qui vivent dans le même ménage, poursuit-elle.

La chercheuse nuance de nouveau : «Il faudra voir quand la collecte de données va être terminée, quand l’analyse va être faite, quand les données vont être diffusées pour voir si l’agence statistique comblera cette lacune par une autre stratégie.»

«Complément au recensement»

Sollicité par Francopresse, porte-parole pour Statistique Canada, Julien Abord-Babin, confirme que le recensement n’amasse de l’information sur les enfants admissibles que sur la base des personnes qui résident sous le même toit le jour du recensement.

«[Le recensement] a permis la constitution de la base de données la plus complète sur cette population, mais ne pouvait tenir compte des personnes vivant dans des ménages différents», développe-t-il.

Une manière de dénombrer les personnes à un seul endroit au Canada, un gage de «qualité» selon l’agence, toujours par courriel.

«C’est pourquoi Statistique Canada a diffusé en 2024 une étude, qui apportait un complément au recensement en s’intéressant aux enfants qui sont admissibles seulement en raison d’un parent, frère ou sœur habitant un autre ménage et permettait de connaitre le nombre de personnes dans cette situation. Statistique Canada poursuivra dans la même veine en utilisant des méthodes semblables suite au recensement de 2026.»

L’agence fait aussi référence à un ensemble de «données complémentaires» jetant chacune un éclairage particulier sur les enfants admissibles.

«Statistique Canada continue le développement de cet écosystème de données sur les enfants admissibles», notamment grâce à une base de données ouverte sur les écoles de la minorité, ajoute le porte-parole.

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