QUOI DE NEUF?

Les virelangues de Vonda (une fiction linguistique)
Bayla Pollick 50

Les virelangues de Vonda (une fiction linguistique)

À Vonda, au nord-est de Saskatoon, on tenait chaque année un concours de virelangues. Une compétition dans laquelle les habitants s’affrontaient à coups de phrases impossibles à prononcer sans trébucher. En jeu : une coupe en forme de langue tordue.

Cette année, le favori du concours était Benoît, le boulanger bavard de la ville qui était, aussi, le champion en titre.

Chaque matin, en confectionnant ses baguettes savoureuses, il répétait à la vitesse de l’éclair les virelangues : La nuit réduit le bruit de la pluie sur les tuiles. Des blancs pains, des bancs peints, des bains pleins.

Toutefois, il y avait une concurrence particulièrement rude cette année. Trois autres participants donnaient du fil à retordre à Benoît : Raymonde la restauratrice, Gaston le garagiste et Camille la coiffeuse.

Le jour du concours tant attendu arriva enfin. Le maire annonça depuis la scène de l’école Providence : « Participants, préparez vos langues et accrochez vos mâchoires ! »

Gaston s’élança avec confiance : « Je veux et j’exige d’exquises excuses du juge. Cinq chiens chassent six chats. »

Camille suivit avec enthousiasme : « Ces cerises sont si sûres qu’on ne sait si c’en sont. Papa, passe-moi le pain, pas le pot de pâte. »

Raymonde parlait avec dynamisme : « Un dragon gradé dégrade un gradé dragon. Six saucissons secs se sèchent sur un séchoir. »

Benoît s’exprimait, gonflé d’orgueil : « Même maman m’a mis ma main dans mon manchon. Le poivre fait fièvre à la pauvre pieuvre. »

Le premier tour se termina sans erreur. On passa au deuxième tour.

Gaston dit : « Tata, ton thé t’a-t-il ôté ta toux ? Les chaussons de chasseurs sont-ils chauds ? »

Camille enchaîna : « Le pélican pèlerin pelotonne ses petits. Rose repose sur une pierre plate, plate pierre où repose Rose. »

À son tour, Raymonde lança : « Si mon tonton tond ton tonton, ton tonton sera tondu. Natasha n’attacha pas son chat Sasha. »

Benoît conclut : « Un pêcheur pêche peu, peu de poissons plaît au pêcheur. Un chasseur sachant chasser doit savoir chasser sans son chien. »

Mais une idylle, pas entièrement secrète en ville, était née entre Gaston et Camille ces derniers mois. Le garagiste et la coiffeuse ne pouvaient se vaincre, même après tous leurs préparatifs.

Alors ils se sabotèrent. Leurs petites bourdes entraînèrent leur élimination du concours, au grand étonnement de la foule qui riait à gorge déployée, tapant dans ses mains.

Seuls Benoît et Raymonde, finalistes de l’année précédente, restaient en lice.

Raymonde reprit son souffle et lança : « Un ver vert va vers un verre vert. Combien de sous sont ces saucissons-ci ? »

Benoît, pour ne pas être en reste, répliqua : « Le couscous coûte que coûte coûte cher. Je suis chez ce cher Serge, ce cher Serge est chez ce cher Georges. »

De nouveau, la prononciation était parfaite. Mais la tension, palpable, s’intensifiait.

Se foudroyant du regard, les deux concurrents gardaient en tête leur rivalité de toujours : la boulangerie de Benoît contre le restaurant de Raymonde.

Raymonde faisait étalage de ses plus impressionnants atouts : « Le chat chasse la souris sur le sofa sans souci. Sous le toit, trois fois trois pois poussent. »

Benoît se donnait sans réserve : « Voici l’étourdi qui parie qu’il aura fini sa chimie à midi. Trois tortues trottaient sur un trottoir très étroit. »

Le concours de virelangues avait atteint un point culminant. Le spectacle de Benoît et Raymonde éblouissait tellement les spectateurs qu’ils restaient bouche bée.

Les deux finalistes ne pouvaient ni se surpasser ni se faire échouer. La foule applaudissait à tout rompre, les juges n’arrivaient pas à les départager.

Après quatre autres tours d’impasses linguistiques, le maire trancha : « Je suis un juge juste, je n’ai juste jamais jugé. Alors, match nul ! Vous gagnez tous les deux… Un seau de miel pour vous détordre la langue ! »

Benoît gloussa : « Parfait ! Mais avant de le goûter, chère Raymonde, disons ensemble : Les chaussettes de l’archiduchesse… » « …sont archi-collantes de miel », conclut-elle allégrement.

Ils se tordirent de rire tout en se partageant la coupe, en forme de langue tordue.

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