L’avis de reprise de logement me tombe dans les mains comme une évidence. Ma coloc rigole : « Bon, faique, on s’en va se partir une commune en campagne ? » Pas fou. Ça doit être un signe, la vie qui nous botte le cul dans la bonne direction. Mais si le terroir n’était qu’une autre idylle… ?
La crise du logement n’est pas un phénomène passager, et nous n’en sommes certainement pas à son premier opus : cette catastrophe sociale familière a pointé sa tête à l’aube de chaque crise économique, au lendemain de chaque Grande Guerre ayant ébranlé le 20e siècle.
Il existera toujours des raisons fort « valables » aux yeux du gouvernement d’atermoyer l’accès au logement pour tous, et ce, même si le Canada s’est engagé depuis 2019 à garantir à sa population le droit au logement, tel que défini par la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948.
Bon, je ne suis pas ici pour débattre de la faillibilité ostentatoire de notre système de gouvernance, mais il me tanne de voir la débâcle s’étirer de saison en saison comme une mauvaise série Netflix : à la fin on devient indolent, on fixe les craques du plafond en attendant qu’achève le décompte entre chaque épisode.
Comment, dans ces circonstances, réaffirmer notre agentivité ?
Le terroir 2.0
Je me laisse difficilement happer par mes rêves, d’autant moins par ceux des autres. Or, à l’éclosion de la pandémie, je l’avoue, j’ai presque flanché : la société de surveillance asphyxiait la vie urbaine, et combien dès lors me paraissait alléchant l’exode vers l’horizon infini des plaines.
Car nous avons la dimension de ce que nous voyons, comme dit Pessoa, et « Dans les villes la vie est plus petite / Qu’ici dans ma maison sur le sommet de cette colline ».
Hélas, l’insécurité financière et professionnelle m’a fourbé le pas, conditions qui, aujourd’hui, se sont dissipées.
Depuis quelque temps, le homesteading est revenu à la mode. Il ne s’agit pas exactement de ce même phénomène qui a incité l’immigration des populations vers l’Ouest canadien.
Au 21e siècle, le homesteading se réfère plutôt à l’établissement d’une communauté intentionnelle hors des grands centres : en gros, on s’achète une terre à la gang, on y érige des habitations et des installations de permaculture, et on établit un système de représentation, soit très souvent la sociocratie (système qui mérite une chronique entière en soi).
Et voilà un glorieux pied de nez au capitalisme nécrobiopolitique ! Mais loin des côtes, il faut faire gaffe aux écueils !
Loin des yeux, loin du cœur
Nos villes fonctionnent comme d’importants moteurs culturels, notamment grâce à la diversité des populations qui y coexistent.
Notre curiosité de l’autre nous mène à d’exceptionnelles découvertes sur nous-mêmes. Toutefois, plus le modèle social réduit, par exemple dans notre joli petit homestead, moins le potentiel de diversité affecte le développement des nouvelles idées.
Il est alors facile de sombrer dans un système de croyances plus homogènes, reconnaissables et sécurisantes, rigides, enfin traditionnelles.
Ceci explique en partie cette réputation polarisée qu’ont acquis les homestead du 21e siècle : effectivement, on finit souvent par y fomenter une idéologie se situant dans les extrêmes, que ce soit à gauche ou à droite, ou ailleurs complètement. Vous n’avez qu’à faire vos recherches, c’est flagrant.
Ceci dit, à l’ère de la connectivité, bien peu empêche l’individu de se joindre aux ressassements collectifs.
Et peu importe la quiétude que nous devons nous allouer, il est nécessaire de garder son oreille au pouls de la diversité, tant est-il que nous souhaitons construire un monde nuancé et inclusif pour tous.