Santé en français : et s'il suffisait de demander ?
Le 3 septembre, dans l’enceinte de la Cité universitaire francophone de l'Université de Regina, le chercheur Segun Afolabi et son assistante Dorothy Akaelu ont présenté le fruit du travail d'un an d'enquête sur l'accès aux soins de santé en français dans la province. Le rôle crucial des traducteurs a ainsi été mis de l’avant.
« Il est empiriquement établi qu'il y a un manque criant de professionnels de santé francophones en Saskatchewan […] Avant, c'étaient des rumeurs, mais là c'est confirmé », a déclaré officiellement le professeur Segun Afolabi.
Au cours de son enquête, des Fransaskois de plusieurs coins de la province ont été sondés sur leur expérience dans le milieu médical.
Bien qu’ils détiennent le droit constitutionnel d’accéder à des soins de santé dans leur langue, les francophones ont confirmé que, dans les faits, c’était loin d’être toujours le cas.
Face à cette situation, le conférencier pointe vers une solution : faire appel aux interprètes et traducteurs.
Un problème de promotion et d’information
L'étude révèle que 75 % des participants n’ont pas demandé à recevoir des soins en français, que ce soit via un médecin francophone ou l'aide d'un interprète.
Parmi eux, une minorité explique pouvoir s'en passer grâce à son bilinguisme, mais la majeure partie, elle, n'a simplement pas envisagé la possibilité d’être desservie en français.
« On n'a pas demandé, mais on l’aurait souhaité, témoigne l’un des participants à l’enquête. Compte tenu de l'environnement, on n'a pas imaginé que ça pourrait exister. »
Pourtant, un représentant de l'Autorité de santé du Canada présent à la conférence indiquait que tous les hôpitaux de la Saskatchewan offrent bien des services de traduction.
Le Réseau Santé en français de la Saskatchewan (RSFS) offre lui aussi des services d'accompagnement et d'interprétariat, mais 84 % des répondants n'en avaient pas non plus connaissance.
Une nécessité, pas un luxe
« La minorité francophone ne devrait pas souffrir, elle devrait avoir les mêmes privilèges que les anglophones », a souligné le docteur Segun Afolabi.
Segun Afolabi, docteur en traductologie, est diplômé de l’Université Laval et enseigne à l’Université de Regina depuis 2024.
Son étude démontre en effet que le manque de précision dans la communication peut affecter la qualité et la sécurité des soins.
« L'objectif de la traduction, c'est la guérison », assène le chercheur, notant par-là que pouvoir s'exprimer et se faire comprendre facilement dans une situation où la santé est en jeu devrait être un acquis pour tous.
En adoptant la Politique de services en langue française dès 2003, le gouvernement provincial s’était pourtant engagé à concrétiser sa promesse d'égalité linguistique.
Mais s’il existe un grand bassin d'interprètes et de traducteurs en Saskatchewan, ils ne sont pas formés spécifiquement pour le monde médical. Une situation que déplorent les chercheurs.
« Il y a absolument besoin de former des traducteurs, surtout des interprètes professionnels, pour le service médical », insiste Segun Afolabi.
Qui pour faire respecter ?
« À qui revient la responsabilité d'assurer qu'il y a assez de professionnels bilingues ? Qui paie ? » Voilà les questions posées par l’une des membres de l’auditoire en fin de présentation.
Le RSFS étant un organisme communautaire financé seulement depuis l'année dernière par Santé Canada, sa directrice générale Félicité Nibogora est intervenue pour répondre que la communauté ne pouvait pas assumer seule la demande de services en français.
« Ce n'est pas le rôle de la communauté d'assurer la qualité et la précision des services. C'est l'Autorité de santé qui devrait travailler avec nous pour assurer que ces services répondent vraiment aux besoins. Nous travaillons avec eux pour leur ouvrir les yeux. »
Une autre personne intervenue en fin de rencontre a rapporté avoir consulté un médecin en Colombie-Britannique où on lui a tout de suite demandé si elle souhaitait obtenir l'aide d'un interprète.
Avant d’en arriver à systématiser une telle situation en Saskatchewan, la route semble encore longue.
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